Category: Livres,Bandes dessines,Romans graphiques
Manhattan Transfer Details
"Publié en 1925 aux Etats-Unis et moins de trois ans plus tard chez Gallimard, Manhattan Transfer possède la force immuable des textes charnières. Par la brutale irruption d'une écriture nerveuse et scintillante où "tout l'asphalte suinte de la lumière", Manhattan Transfer manifesta la rupture avec le courant esthétique des années 20 et ouvrit la voie à la littérature sociale de la décennie suivante. Pour Dos Passos lui-même, sans ce livre où il délaisse l'individu pour mieux en souligner ce qui nie ou broie son existence, "des hommes et des femmes se pressent, écrasés, bousculés, comme des pommes qu'on fait rouler dans un pressoir", sans cette comédie inhumaine, il n'aurait pu écrire USA, son oeuvre majeure. Une trilogie qui comprend Le 42e parallèle, L'An premier du siècle, La Grosse Galette. [...] Le procédé narratif de Manhattan Transfer utilise plusieurs techniques : montage de séquences rapides où alternent collages d'articles de journaux ou textes de chansons populaires, juxtaposition d'écritures différentes faisant glisser sans transition le lecteur d'un lieu à un autre, d'un personnage à un autre. La nature même de ce "roman multivision" en justifiait un traitement par l'image. New-yorkais exilé à Paris, Miles Hyman, par la qualité de son graphisme et son extrême attention à la lumière qui baigne ce livre, a travaillé dans le sens même du texte. Son style diffère et alterne selon les rythmes ou les thèmes que développe Dos Passos, créant ainsi une unité dans cette diversité ; la richesse de nuances et la texture des gris modèlent les volumes verticaux d'une architecture imposante qui domine ces silhouettes humaines mais auxquelles Hyman donne un visage. Beau comme la rencontre qui n'était pas fortuite". Bernard Wallet.
Reviews
Lorsqu?il publie Manhattan Transfer en 1925, anne de parution de Gatsby le magnifique (Scott Fitzgerald) et de Mrs Dalloway (Virginia Woolf), Dos Passos a vingt-neuf ans. Diplm de Harvard, et navigant depuis l?enfance entre l?Amrique et le Vieux Continent, il a beaucoup bourlingu, et vu la guerre en Argonne, comme chauffeur d?ambulance.Peintre et pote, fru de culture europenne, il dcouvre le futurisme, s?enthousiasme pour l?art moderne, rencontre Fernand Lger, Blaise Cendrars, et se passionne pour l?architecture comme pour l?criture cinmatographique. Ce qui reste alors son secret ? voir la remarquable biographie de Virginia Spencer Carr, non traduite ?, ce sont les circonstances singulires de sa naissance et de ses dbuts dans la vie. Le romancier, qui changea d?identit quinze ans, tait l?enfant naturel d?un self-made man amricain, dont la famille tait originaire de Madre. Quand il tait petit, sa mre jurait l?avoir adopt.Compos de trois parties (avant la Grande guerre, pendant les hostilits puis aprs), Manhattan Transfer peut s?envisager comme un tableau cubiste de New York, la grande mtropole moderne ( the top of the world , le plus beau spectacle du monde ), ou comme le script d?un film dcoup en brves squences, sans chronologie explicite, o de multiples personnages se croisent et se perdent de vue, dans une sorte de tourbillon existentiel ( the very pep of New York ).En pleine ivresse technique (automobile, lectricit, tlphone...), le monde nouveau suscite un immense enthousiasme, dans des rues aux couleurs joyeuses, mais avec pour contrepoint la guerre, la folie, la violence, la misre, et de faon plus ordinaire la laideur morale (arrivisme, corruption) ou physique (en bordure du fleuve se succdent des rues boueuses, dfonces, entre de grands rservoirs gaz obses, des palissades dmolies, de longs entrepts ).Alors que surgissent des instants de pur ravissement, le matin, devant des paysages urbains d?une facture toute baudelairienne, d?autres pages se font plus expressionnistes, quand le visage violac d?une femme avachie prend des reflets de viande pourrie, ou qu?un nouveau-n se tortille comme un grouillement de vers de terre?Une enttante odeur d?essence brle rgne sur la nouvelle Babylone, o une foule de gens parlent yiddish ou russe. Dans les bars, o les standards d?Irving Berlin sont repris, s?enchanent gin-fizz et higballs. La vie est belle ( It?s the land of opportunity ), mais sans piti : O God everything is hellish. PS : moins chanceux que Michel Tournier ou Jean d?Ormesson, John Dos Passos, que Sartre avait pourtant qualifi de plus grand crivain de son temps, n?a toujours pas droit la Pliade. Comme si Gallimard le ngligeait, il n?a pas droit non plus un suivi srieux de ses ?uvres, de multiples coquilles maillant le texte de Manhattan Transfer (Folio), ds la cinquime ligne de la premire page !


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