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Théâtre Complet Details

Une sorte d'épouvante emplit Eschyle d'un bout à l'autre ; une méduse profonde s'y dessine vaguement derrière les figures qui se meuvent dans la lumière. Eschyle est magnifique et formidable, comme sil l'on voyait un foncement de sourcils au-dessus du soleil.

Reviews

Eschyle est le plus ancien tragédien dont les pièces nous sont parvenues. Il fait donc figure de père de la tragédie, même s'il a eu des prédécesseurs ; en ce sens, Eschyle a été, avec Sophocle et Euripide, un modèle pour l'ensemble de la production théâtrale occidentale jusqu'à nos jours. Cette édition Garnier-Flammarion nous invite à lire tout ce qu'il nous reste de son théâtre (7 pièces, alors qu'il en aurait écrit plus d'une centaine) ; le nombre famélique des pièces conservées n'est pas sans poser problème.En effet, Eschyle semblait affectionner les "trilogies" comme l'Orestie (composée d'Agamemnon, Les Choéphores et les Euménides) ; or, la plupart des pièces conservées appartenaient à des ensembles qui n'ont pas survécu. Ainsi en est-il des "Suppliantes", tragédie sans intrigue où les personnages semblent se lamenter d'un bout à l'autre de la pièce, ce qui ne peut que désorienter le lecteur contemporain, mais qui était à l'origine la première de trois pièces traitant un mythe mal connu aujourd'hui. C'est qu'il faut se rendre à l'évidence : Eschyle proposait une réécriture de mythes bien connus de son public, et traitait son sujet en plusieurs parties. Pour nous, peu familiers de ces mythes, et ne disposant que d'ensembles mutilés (à l'exception de l'Orestie), le théâtre d'Eschyle est bien difficile à lire... Si on ajoute encore que certains passages ont été fortement altérés, que les dialogues ressemblent davantage à des monologues succédant à d'autres monologues, et le lecteur peu motivé aura vite fait de refermer le livre. Et pourtant, quel dommage !Lire Eschyle nécessite de réviser nos attentes concernant le théâtre. Il nous faut considérer la tragédie dans son origine religieuse ; alors, on comprend que le dramaturge nous livre une interprétation de la condition humaine. Les hommes n'ont pas de prise - ou si peu - sur leur vie : tel paie le prix des méfaits de ses aïeux, tel peut payer un acte que les dieux mêmes exigeaient (Agamemnon, Oreste), et les suppliantes n'échapperont finalement pas à leur destin. L'Homme n'est que le jouet d'un destin toujours cruel ; il n'y a pas de refuge pour lui hors de la Cité et de la communauté des hommes. Transgresser les lois de la communauté humaine, fut-ce au prix d'idéaux supérieurs (ainsi le préfigure le projet d'Antigone à la fin des Sept contre Thèbes), est une impasse. La vie est tragédie ; il appartient aux hommes de le comprendre et de l'accepter.Ceci étant, l'?uvre d'Eschyle nous donne aussi à connaître des légendes dont on est peu familiers ; elle est donc une source pour qui veut mieux connaître la pensée grecque. La notice précédant chaque pièce fait office de guide - un peu léger - pour combler nos lacunes en la matière.Lire Eschyle aujourd'hui est difficile. On est désorienté par son traitement dramatique ; le fait que les pièces conservées aient souvent appartenu à des ensembles plus grands n'arrange rien. Je ne peux donc conseiller ce livre qu'à des lecteurs prêts à s'investir.